Dans une interview accordée à Mobile World Live (MWL), CEO d’Orange Wholesale International, Valérie Cussac, présente une stratégie visant à accélérer la transformation de l’entreprise en un fournisseur de NaaS piloté par des API, prêt à répondre aux exigences de l’ère de l’intelligence artificielle.

Depuis sa prise de fonction en août dernier, Valérie Cussac explique que sa priorité absolue est désormais « d’accélérer la transition vers le NaaS » (Network-as-a-Service, ou réseau en tant que service NDLR).

« Nous avons transformé notre réseau en adoptant des technologies conteneurisées et natives du cloud, ce qui revient à transformer notre infrastructure en logiciel, explique Valérie Cussac. Et nous sommes désormais prêts à la rendre accessible à nos clients – comme le NaaS le présuppose. »

La patronne d’Orange Wholesale International décrit cette refonte comme « un changement dans notre manière de travailler », à la fois structurel et culturel. « Nous avions l’habitude de vendre des produits – mobile, data, voix – et désormais, nous vendons des services », remarque-t-elle. À cet effet, l’entreprise met en avant son offre 5G Core-as-a-Service, qui permet aux opérateurs et aux MVNO de déployer des fonctions cœur de réseau flexibles sur le cloud télécom d’Orange.

Elle identifie l’échelle comme facteur de différenciation clé : « Plus nous ajoutons de services dans un point de présence, plus cela devient rentable. Grâce à la « cloudification » des fonctions réseau, nous pouvons atteindre les niveaux d’efficacité économique propres à l’économie du cloud. »

Pour accompagner cette transformation rapide, environ 800 employés suivent actuellement un programme de montée en compétences axé sur le cloud, l’informatique et les réseaux définis par logiciel, ajoute-t-elle.

Incertitudes liées à l’IA

Concernant l’IA, Valérie Cussac évoque des déploiements concrets et « des cas d’usage très impactants dans la supervision réseau et la gestion des incidents », qui apportent déjà de la valeur. En partenariat avec Augtera, une plateforme américaine d’IA et d’apprentissage automatique, Orange a « réduit les alarmes réseau de 70 % et permet une gestion prédictive du réseau, précise-t-elle. Voilà le type d’efficacité que nous pouvons obtenir grâce à l’IA » au bénéfice en outre de la rentabilité.

Pour Valérie Cussac, l’essor de l’IA restructure les priorités d’infrastructure, créant « une énorme demande de capacité » et poussant les opérateurs à repenser l’architecture de leurs réseaux « ce qui va impacter la topologie de nos réseaux ».

Malgré tout, elle reconnaît des incertitudes persistantes quant à l’emplacement futur de la puissance de calcul : « Sera-t-elle centralisée ? En périphérie (edge) ? Ou même sur les appareils eux-mêmes ? » Au final, dit-elle, c’est une inconnue « avec laquelle nous devrons composer ». Toutefois, suivre de près « l’évolution de la topographie des centres de données » permettra à l’industrie de bâtir des réseaux « capables de répondre aux besoins de l’IA de demain ».

Des décennies de coopération

Malgré les bouleversements, Valérie Cussac reste optimiste quant à la trajectoire du secteur mobile : « Trois éléments – la coopération, l’interopérabilité des standards et la qualité de service de niveau opérateur – me rendent confiante dans la capacité de cette industrie à construire les fondations de la nouvelle économie numérique. »

Pour la dirigeante, la collaboration demeure la plus grande force du secteur à l’avenir :
« Nous devons avancer tous ensemble vers cette prochaine génération de réseaux », conclut-elle. Cette industrie repose sur des décennies de coopération. Nous avons cette force collective… c’est un atout que nous devons absolument exploiter. »